Grand Chelem Marathon

Un défi unique pour une cause unique : Un marathon sur chaque continent au profit des enfants malades.

NORTH POLE MARATHON


au profit des tout-petits atteints de maladies rares
 
 
 

Samedi 11 août. Marathon de feu. Ambrym.

Cette fois, nous y sommes ! 42,195 kms à courir pour le premier marathon de feu du Vanuatu !

Les yeux mi-clos, nous visualisons le parcours modifié ces derniers jours pour s’adapter aux conditions changeantes qui nous ont obligés à revoir notre copie tant de fois ! Le départ  positionné au camp de base, la traversée de la caldeira direction plein nord, le passage de plusieurs canyons, la grimpée du volcan Bembow par le sentier aérien des crêtes, puis la redescente pour retrouver la caldeira, le parcours de celle-ci intégralement en direction du nord-est, le passage par la grande rivière de cendres et par les blocs rocheux, la montée dans la forêt primaire puis la descente pour rejoindre le village d’Endu, la plage de sable noir qui borde le Pacifique, la piste jusqu’au village d’Ulei, au sud de l’ile et le retour sur Endu pour le franchissement de la ligne d’arrivée.

 

  

 

Une distance identifiée par GPS et estimée à un peu plus de 42 kilomètres. Nos GPS feront foi de la distance exacte en fin de journée.

La météo est relativement clémente ce matin… il ne pleut pas sur le camp en pleine effervescence. Le groupe quitte définitivement le camp pour rejoindre Endu à la marche(environ 5h30) et les porteurs sont tous là. Comme la dernière fois au village de Lalinda, il faut peser et répartir les sacs qui seront acheminés jusqu’au village d’Endu, étape de ce soir, par les porteurs.

 

Le campement est démonté, les sacs bouclés, les rations d’eau distribuées… pour nous il faut préparer les sacs de course et la collation adaptée à l’effort qui nous attend et passer en revue la même check-list qu’hier : eau purifiée, boissons et aliments énergétiques, vêtements de rechange, GPS, caméra GoPro, sifflet, trackers, trousse de premiers secours, masques à gaz…

Ne rien oublier, car il n’y aura pas de retour en arrière. Nous nous efforçons de tout mener de front dans le temps imparti. En effet, pour des raisons de sécurité, nous devons respecter un timing précis pour la première partie du marathon, afin de faire un point de jonction avec Michel à mi parcours. Nous tablons sur 3 heures maximum pour les 21 premiers kilomètres (camp de base, caldeira, ascension du volcan qui culmine à 1160m, redescente par les arêtes, traversée intégrale de la plaine de cendres et sortie de caldeira).

La météo est incertaine, les nuages sont là, la brume et le brouillard peuvent tomber à tout instant sur ce désert noir et le risque de se perdre, malgré le GPS est bien réel : si à 12h30 maximum, nous ne sommes pas passés au point de contrôle des 21 kms, Michel lancera les recherches…

Nous nous activons sans perdre une minute et à 9h30, nous sommes prêts à nous élancer sur la caldeira. Mo-ti-vés ! Nous avons à cœur de porter haut et loin les couleurs et les valeurs des enfants d’Everest ! sur ce tout premier marathon du Vanuatu.

Nous nous imprégnons de ce départ, instant magique et projeté depuis tant de semaines…allumons les trackers de géolocalisation, le GPS et le chrono, et c’est parti !

Une pluie fine accompagne nos premières foulées, tandis que le vent souffle sur la dune de cendres qui marque la sortie du camp. La caldeira, immense, étend son manteau sombre jusqu’aux volcans.

 

Ce matin, nous sommes totalement seuls au milieu de ce désert ! Sensation étrange du bruit de nos pas crissant sur les scories. Nous démarrons doucement, les jambes alourdies par les 25 heures de marche de reconnaissance de ces trois derniers jours…

 

Sur la caldeira, la cendre molle fait bientôt place aux strates, plus ou moins friables, que nous nous appliquons à franchir le plus légèrement possible. Certaines s’effondrent malgré tout à notre passage…

 

Vient ensuite le dédale des canyons, précurseurs de la montée au Bembow. Dans cette grisaille, tous les plissements se ressemblent étonnamment et nous avons un peu de mal à retrouver le sentier de crête qui doit nous conduire au sommet du cône volcanique.

Le volcan est toujours noyé dans la brume au moment où nous abordons l’ascension. Passés les premières centaines de mètres à courir de crêtes en arêtes, la pente soudain plus abrupte nous met au pas. Nous progressons alors plus lentement jusqu’à l’arête sommitale, immergée dans les nuages.

Puis toute l’ile se dévoile à nos yeux d’enfants ébahis, alors que le manteau nuageux se dissipe. Le panorama est unique. Le relief apparait, les couleurs s’avivent, les plis et replis infinis du volcan nous attirent tout autant que la pente. Nous avons des ailes pour la descente !

 

 

Au pied du volcan et avant d’entamer la longue traversée de la plaine de cendres, nous prenons le temps de nous hydrater, tout en partageant une première barre énergétique. Nous avons prévu de renouveler ce type de pause à chaque heure du marathon.

Le temps de jeter un œil au chrono, de constater qu’il nous reste 1h30 pour parcourir les 12 kilomètres de caldeira et c’est reparti. La visibilité est correcte et nous sommes maintenant bien dans le rythme. Nous franchissons sans encombre tous les passages identifiés et mémorisés de la caldeira, confortés par des empreintes de pas qui se détachent sur la cendre noire. Un vrai jeu de piste !

A l’heure prévue, nous rejoignons Michel au point de sécurité. Il nous attend avec le ravitaillement en eau. Il fait chaud et nous faisons le plein du camelbag, d’autant que nous allons attaquer la montée dans la forêt primaire, à la végétation très dense, avant d’entamer la longue descente vers l’océan.

    

Le passage à travers la forêt s’avère particulièrement étroit et parsemé de pièges insidieux. Les branches d’arbre sont à hauteur de visage et les racines très nombreuses. Il faut tout à la fois regarder en haut et en bas, mais aussi devant nous. La chute guette à chaque instant…

 

Les espèces d’arbres et fougères qui nous entourent sont différentes de la partie ouest de l’ile. Plus denses, plus ramassées, plus étouffantes, jusqu’au débouché sur la plage de sable noir qui borde l’océan.

 

Nous nous enfonçons alors dans un sol de cendres très mou et en devers, seul accès pour la piste qui mène au village d’Endu. La course devient plus difficile.

 

A l’approche du kilomètre 35, Frédérique est toujours sur un bon rythme tandis que je commence à ressentir les premières crampes. Je lui propose de terminer à son rythme et moi au mien. Fatigue accumulée ces derniers jours, déshydratation, manque de sel ? Nous sommes au bout de nos réserves d’eau.

Nous nous motivons pour terminer ce marathon en pensant à tout ce qui nous a conduits à courir ce marathon au bout du monde : au combat des enfants d’Everest face à la maladie,à Christine Janin et toute son équipe, à la famille, aux amis, aux partenaires et soutiens de ces derniers mois. Tous, à ce moment là, nous aident à franchir la ligne d’arrivée. Frédérique boucle le marathon en 6h23. Elle fait aussitôt demi tour pour venir me chercher et m’accompagner jusqu’à la ligne d’arrivée que je franchis en 7 heures. Nous finissons le premier marathon ensemble !

Nous nous retrouvons à Endu, heureux d’avoir tenu notre engagement jusqu’au bout ! Le GPS indique très exactement 42,480 kms. Le premier marathon du Vanuatu est enregistré !